Des origines à nos jours, un panorama, sans doute incomplet, des énormités, proférés le plus souvent par l'intelligentsia savante, à propos de la châtaigne corse. En s'attaquant au fruit, l'on s'attaque à la terre, donc au travail des hommes et par vois de conséquence à ceux qu'ils sont en tant que peuple constitué. Ou quand le "pinzuttu" rime avec le "prisuttu" mais s'avère moins délicieux consommé avec les dites châtaignes
1769 Rattachement de la France à la Corse (Version monarchie absolue)
"La châtaigne est l'aliment de la paresse. Chez eux, son fruit supplée à tout : on le sèche, on le broie et l'on en fait même du pain ; leurs chevaux en sont nourris et la terre négligée". POMMEREUIL, décret du Conseil du Roi lors du rattachement de la France à la Corse
1770 Confirmation du rattachement de la France à la Corse
"Cette espèce de denrée ne coûte pas de peine à récolter et est à la vérité d'une grande ressource présentement pour la nourriture des paysans ; mais cette ressource est fâcheuse, ce qu'elle empêche que les fainéants soient obligés de travailler pour vivre : ainsi, quoique ce soit une branche du commerce, comme il y a plus d'inconvénients que d'avantages, il faut travailler peu à peu à diminuer cette richesse corse, qui véritablement fait sa pauvreté. D'ailleurs la facilité de garder cette farine, qui par elle-même est très nourrissante, a beaucoup servi dans les guerres que cette île a eues, pendant près de quarante années de suite : c'est encore une raison de prescriptions". MARBEUF, 1790.
MARBEUF est ici tout aussi admiratif face à la châtaigne que décidé à éliminer cette culture !
1841 (Version crépuscule des monarchies, balbutiement des Républiques)
"Le châtaignier n'a pas moins contribué aux habitudes stationnaires du pays. On se borne à cueillir les fruits nombreux qu'il donne et dont l'abondance a exercé dans cette île la même influence funeste que la pomme de terre en Irlande. Funeste ressemblance et pourtant bien exacte ! Les habitants des cantons où le châtaignier prédomine se sont accoutumés à vivre presque uniquement de châtaignes...Cet arbre est devenu leur providence. Ils se reposent sur lui des soins de leur existence, j'ai presque dit de celle leurs enfants...Son front (du paysan) ne courbera point vers la terre : il le laissera désormais à de pauvres Lucquois le soin de labourer à la pioche les bruyères de la plaines et les maquis brûlés". M BLANQUI, 1841.
XIXe siècle (Version provençale prolétarisée)
"Toutes les mêmes, ces grandes familles corses : crasse et vanité. Ça mange dans de la vaisselle plate à leurs armes, des châtaignes dont les porcs ne voudraient pas". Alphonse DAUDET (Provençal de souche) dans l'Immortel.
"La polenta est affreuse. Les châtaignes mal écrasées ont un goût de moisi : on dirait qu'elles ont séjourné longtemps sous les arbres, en pleine pluie". Alphonse DAUDET, Contes du Lundi, "Paysages Gastronomiques", 1893.
DÉBUT DU XXe SIÈCLE (Version préparatifs de guerre)
"La châtaigne, c'est le blé de la Corse : elle nourrit tout le pays. Sa farine remplace celle du froment : la frugalité et surtout la paresse du paysan corse s'en accommodent"... "Le Corse indolent regarde tomber les fruits et c'est le pain d'aujourd'hui, et c'est le de demain, et c'est le pain de l'été, et c'est le pain de l'hiver". Jean LORRAIN, Heures de Corse, 1903.
"Le châtaignier ne demande aucune culture (...), les luisantes châtaignes pleuvent des branches hautes et, couché dans l'ombre, le Corse indolent regarde tomber les fruits". Jean. LORRAIN, 1912
1973 (Version Trente Glorieuses déclinantes)

GOSCINNY, UDERZO, Astérix en Corse, épisode n°20, p. 24, Dargaud, Paris, 1973. N.B. : Le gui = les châtaignes. Le druide (celte ?!) s'appelle Patologix. Alliance des mots d'esprit, des poncifs et de la bande dessinée.
1988 (Version Ve République intelligentsia parisienne )
"Les Nationalistes font de la farine de châtaigne et les immigrés un deuxième tronçon de route sans réclamer de mosquées". Corinne LESNES, Le Monde, La Corse, île aux chimères, 21 juillet 1988


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